• MASSACRE A LA TRONCONNEUSE

    The Texas Chainsaw Massacre
    USA, 1974
    De Tobe Hooper
    Scénario : Tobe Hooper, Kim Henkel
    Avec Marilyn Burns, Allen Danziger, Paul Partain, Gunnar Hansen, William Vail
    Photo : Tobe Hooper
    Musique : Tobe Hooper
    Durée : 1h24




    En 1973, quatre jeunes partis au Texas retrouver la maison familiale de l'un d'entre eux sont attaqués par un tueur sadique et cannibale armé d'une tronçonneuse.

    TOUT CECI N'EST QUE DU CINEMA. A MOINS QUE...

    La sortie ces jours ci d'un
    remake donné au chef d'œuvre de Tobe Hooper arrive à point nommé pour remettre les pendules à l'heure concernant un genre (l'horreur) un peu trop maltraité par des tâcherons (Mortelle Saint Valentin). Les nombreux bonus proposés sur le DVD, plus anecdotiques que réellement stupéfiants, ont néanmoins l'avantage de replacer le film dans un contexte politique et historique, celui de l'affaire du Watergate, de la guerre du Vietnam, du chômage... Il semblerait que l'on s'éloigne du sujet? Pas tant que ça. Massacre à la tronçonneuse commence par un texte avertissant le spectateur de l'horreur du spectacle auquel il va assister. Un mot retient l'attention et conditionne la vision du film: "true". Tout est vrai, tout s'est réellement passé - l'histoire étant tirée, comme Psychose et Le Silence des agneaux, des agissements du tueur Ed Gein. Ce n'est pas "que du cinéma" (pour reprendre l'accroche du film de Wes Craven, La Dernière Maison sur la gauche). Nous sommes prévenus, le film parle d'un événement caché, enfoui sous les tonnes d'affaires empilées sur des bureaux de politiciens. Le film révèle une vérité, celle d'une famille typiquement américaine, anormalement constituée (les grands parents, les enfants, mais pas de génération intermédiaire, pas de parents...) et cannibale. Cette réalité, l'Amérique a mis longtemps à l'admettre, à comprendre que la menace pouvait venir de l'intérieur du pays. Qu'elle était probablement une conséquence direct de l'attitude du pays! La famille "tronçonneuse" a ceci de particulier qu'elle reprend tous les archétypes de la famille classique, elle donne une image extrémiste de ses membres, tous mis au chômage par une société toujours plus avide d'argent et donc de temps.


    SNUF MOVIE
    Tobe Hooper aurait pu se contenter d'une simple métaphore politico-sociale et ne réaliser qu'un film d'étudiant vaguement auteurisant. Il n'en est rien. Hooper avait besoin d'un succès, d'un film ultra commercial. Il décide donc de changer le titre original du projet (Leatherface) et trouve un peu par hasard cette idée de tueur à la tronçonneuse. Selon la petite histoire, c'est dans un grand magasin en période de Noël qu'il aurait imaginé se frayer un chemin à travers la foule à coups de tronçonneuse. Mais plus qu'une simple idée, Massacre à la tronçonneuse est un chef d'œuvre de l'horreur et devient LE film agissant le plus sur les sens. Les couleurs, le granuleux de la pellicule (malheureusement un peu atténué dans la copie DVD, trop propre, éditée par Studio Canal – mieux vaut conserver sa bonne vieille édition René Château), l'odeur pestilentielle que l'on a constamment l'impression de sentir, le son, ce bruit ininterrompu de tronçonneuse, ces flashes qui ouvrent le film sur des cadavres... Le film tape sur le système nerveux et donne au spectateur l'impression d'avoir vu des hectolitres de sang. Du sang, des tripes, des plaies qu'on ne voit pourtant jamais, mais qu'on imagine parfaitement tant la mise en scène de Hooper est parfaite. Du sang réel par ailleurs, celui de l'actrice Marilyn Burns, plusieurs fois blessée sur le tournage.


    MAIS QUI A TUE TOBE HOOPER?


    Aux côtés de L'Exorciste ou de Zombie, mais avec l'humour en plus (qui se révèle au fur et à mesure des visions, notamment dans la poursuite en forêt, dans la scène de l'auto-stoppeur et celle anthologique du repas familial, dans les nombreux calembours visuels tels que les bras de chaises), Massacre à la tronçonneuse est une expérience ultime, que Tobe Hooper ne renouvellera malheureusement jamais. Souvent remonté, interdit dans de nombreux pays (notamment en France durant cinq longues années), le film a connu une distribution houleuse à laquelle le réalisateur n'a pas participé, en raison de l'éparpillement des droits de l'œuvre entre diverses organisations plus ou moins louches (la mafia italienne aurait participé à la production). Mais la présentation du film au marché international de Cannes reste un souvenir unique et touchant pour les fantasticophiles de l'époque, qui ont eu la chance de voir monter un jeune réalisateur tout timide, et tout ému d'avoir à ce point retourné ses nombreux spectateurs. Malheureusement, même ses meilleurs films (Poltergeist, Le Crocodile de la mort, Massacre dans le train fantôme, Massacre à la tronçonneuse 2...) ne retrouveront à aucun moment la puissance de celui-ci. A croire que son passage chez la Canon a définitivement eu raison de lui, suite aux deux énormes bides qu'on été L'Invasion vient de Mars et Lifeforce, pourtant deux métrages pas vraiment déshonorants. Depuis, seuls The Mangler et Spontaneous Combustion, pourtant guère glorieux, parviennent à retrouver le grain de folie poisseuse présent dans son premier succès. Mais rien que pour ce film, Tobe Hooper est entré à jamais dans l'Histoire du cinéma.






     


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